Tôt le matin, avant le lever du soleil, le paysan se levait et allait s'occuper de son bétail. Il nettoyait les écuries, nourrissait les chevaux et trayait les vaches, tout cela avant de s'asseoir à table pour prendre son petit déjeuner. Un repas copieux le préparait au travail de la journée. Au printemps, quand le dernier gel était passé, il est temps de semer. Au lever du soleil, il attelait ses chevaux et partait dans les champs pour labourer la terre. En été, le paysan coupait l'herbe. Le soleil le séchait ensuite pour en faire du foin. Le paysan devait rentrer le foin dans sa grange avant qu'il ne pleuve. Lorsque le grain mûrissait et que les épis dorés se balançaient doucement dans la chaude brise d'été, il pouvait récolter la récompense de tous ses efforts. Même lorsque la moisson était terminée, il restait encore du travail. Il fallait ramasser de la campagne les pommes de terre et les navets avant l'hiver. Plus tard, ille paysan battait les céréales séparait la balle du blé. Les sacs étaient remplis de grain et transportés au moulin, tandis que la paille restait dans la grange.
Un jour, il arriva que notre paysan rencontrât un homme, un vaurien, un oisif, bon à rien, qui passait son temps à tromper le honnêtes gens qui travaillaient dur pour gagner leur pain. Il se présenta, disant que son nom était Doigt d'Or, et se vantait d'avoir des mains habiles. Pour prouver son habilité, il glissa une main dans la poche du paysan. Quand la retira, quelques pièces d’argent y étaient collées. Alors il demanda: "Que faites-vous de toute cette paille dans votre grange? Je sais, vous en avez tellement que ça déborde par la porte !". Le paysan expliqua qu'il en coupait une partie, la mélangeait à l'avoine et la donnait à ses chevaux, afin que l’avoine soit plus facile à digérer. Il utilisait le reste pour donner son bétail une litière chaude pour l'hiver. "Cela ne vous rendra pas très riche", dit le vaurien. "Si tu me donnes te paille, je peux la transformer en or pour toi". Le paysan réfléchit à ces paroles. Il avait entendu dire que certaines personnes savaient gagner de l'argent de manière étrange. Alors, il demanda ce qu'il devait faire pour que sa paille devienne or. Doigt d'Or répondit: "Je prends la paille, et tu n'as qu'à me donner un peu d'argent, afin que je puisse faire les préparatifs. Ta paille travaillera pour toi : elle sera transformée en or". Il ne fallut pas raconter l'histoire deux fois au paysan. Celui-ci attela aussitôt ses chevaux, chargea la paille sur son chariot et l’apporta, avec toutes ses économies, chez Doigt d'Or.
Le paysan n’était pas homme à garder un secret. Il parla donc à tout le monde de la richesse qu’il attendait. Ses voisins, enthousiasmés, se rendirent rapidement chez Doigt d’Or, lui offrant leur paille pour qu’il la transforme en or. De bon cœur, ils lui remirent leurs économies pour financer l’entreprise. Mais le temps passa, et les paysans ne virent l’or promis. Pendant ce temps, leur bétail tomba malade, car ils n’avaient plus de paille pour les réchauffer. Convaincus qu’ils seraient bientôt riches, les paysans n’étaient plus disposés à se lever tôt pour s’occuper du bétail. Leurs terres restèrent en friche, car ils croyaient ne plus avoir besoin de travailler.
Finalement, les paysans devinrent impatients. Ils allèrent trouver Doigt d’Or et exigèrent de voir leur or. Mais l’escroc réussit à les calmer. Après quelques excuses, il leur montra de l’or qu’il étendait avoir fabriqué à partir de leur paille — en réalité, il l’avait acheté avec leur propre argent. Il leur donna même quelques petites pièces en guise d’acompte sur leurs prétendues richesses, et réussit ainsi à les tromper encore plusieurs mois.
L’été suivant, une grande sécheresse frappa la région, et les récoltes flétrirent. Les gens commencèrent à souffrir de la faim, et les paysans réalisèrent qu’ils même étaient devenus des oisifs. Heureusement, ils avaient gardé quelques sacs de grain du temps où ils travaillaient encore la terre. Doigt d’Or tenta d’acheter ce grain, mais les paysans, devenus plus sages, refusèrent de le lui vendre avant qu’il ne leur eût rendu tout leur argent. Depuis ce jour, ils ne crurent plus jamais aux paroles d’un oisif, même s’il promettait le paradis sur terre.
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Published on e-Stories.org on 11/12/2007.
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